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" À la campagne, à la ville, tout est sujet d'attention pour François BOUËT : un panneau de parking, un poteau électrique, l'ombre d'un feuillage, un coin d'immeuble, un réverbère, une mobylette, une borne d'incendie, une paire de chaussures, qui sont autant de traces d'une vie en train de se dérouler hors-cadre.

 

Ses œuvres sont des instantanés de son décor familier, des détails secondaires du paysage, des arrières-plans négligés, un peu comme des clichés maladroitement cadrés qui se révéleraient plus tard contenir l'essentiel. "

 

 


 

 

 

" C’est au siècle dernier, très exactement en l’an 1985, que Montpellier voit arriver, venu de sa lointaine et gardoise ville d’Uzès, un bien curieux personnage. Depuis lors, il rôde, un carnet de croquis à la main, il expose, il fomente des événements artistiques depuis son atelier, il joue aussi de la musique, en toute impunité et même avec un certain succès. Nous avons relevé le défi, et après de très délicates investigations qui ont mobilisé de gros moyens, nous avons enfin identifié cet illustrateur auquel nous consacrons une page.

 

François Bouët est né outre Vidourle en 1957. Il commence ses études artistiques à l’Ecole des Beaux Arts de Nîmes, au moment où Claude Viallat, (un des membres fondateurs du groupe Supports/Surfaces) en prenait la direction. L’école s’oriente alors avec force vers l’art contemporain, ce qui (malgré la très haute estime que porte F.Bouët à C. Viallat) ne convenait pas du tout à notre artiste. « Ce qui m’intéressait, c’était la publicité, la communication, la sérigraphie, le graphisme. Je voulais faire des logos, des affiches ». Alors, François Bouët continue en autodidacte. Impressionné par les posters psychédéliques qui présentaient entre autres Janis Joplin ou Jimmy Hendrix, par des gens comme Crumb mais aussi par l’école polonaise qui réalise des affiches dont les originaux sont en relief, multicouches, il poursuit son chemin, le crayon à la main.

 

A Orléans, il travaille dans une imprimerie, fait de la mise en page, de la photogravure. A Montpellier, il rejoint une agence de publicité, avant que la révolution informatique ne se généralise. Il illustre, avec Philippe Paddeu, quelques films pour Media 6, fera même de la peinture murale au Dinosaure, une scène musicale montpelliéraine. Ce qui fait la singularité de notre artiste, ce sont tous ses carnets de croquis, il en a un stock incroyable, et toujours un dans sa poche. C’est son parcours professionnel qui lui a fait découvrir cet outil : depuis une quinzaine d’années, il animait des ateliers artistiques pour psychotiques et c’est là qu’il a approché cette technique pour la première fois : « C’était un moyen de communication : je dessinais mes stagiaires, et je leur demandais de me dessiner à leur tour ; au début sur des bouts de papier, puis un jour, ma belle-mère m’a offert un carnet, et depuis, j’ai continué à en acheter. Il m’en fallait des petits, qui rentrent bien dans ma banane… »

 

François Bouët nous avoue dessiner en fonction de sa disponibilité, aux terrasses des bars, ou n’importe où ailleurs. « Un dessinateur, il faut bien qu’il dessine, non ? », nous explique-t-il, comme pour s’excuser. « Parfois, je ne fais que commencer, puis je termine plus tard, je fais du remplissage ». Et de nous montrer ces millions de petits traits qui constituent des nuances, des ombres délicates, des feuillages. «  Je fais aussi des aquarelles, avec mon fils, on va souvent au jardin des plantes. Pour cela, il ne faut pas beaucoup de matériel, c’est très agréable. Le dessin, en général, c’est rééquilibrant, ça me fait un peu penser  à du yoga ». mais il nous avoue que le vrai souci est financier : « Cela ne suffirait pas pour vivre et nourrir une famille, heureusement, mon épouse travaille à côté, ce qui me permet de ne pas brader mon art.»

 

Une autre facette du personnage, c’est la musique. François Bouët est percussionniste. Il commence avec les Révérends Blues, un ensemble qui se définit comme « diffuseur de joie de vivre, entre création et récréation, entre ciel et terre, entre toilettes et comptoir, où l’esprit rejoint le corps », tout un programme. Avec Roland Ramade au chant, ils interprètent une sorte de grand messe au vitriol, qui fera qu’une fois, avant même de jouer à Saint Affrique, la presse locale criait au scandale. Puis, il intégrera une fanfare : « On joue dès qu’on arrive ; c’est très agréable : il n’y a pas de balance à faire avant de jouer, on n’a pas de problème avec un sonorisateur… ». Mais ce n’est pas tout, il a sévi aussi au sein d’un petit groupe The F'Holes, qui gagnera la finale régionale du Printemps de Bourges en 1991. Il se produit également avec l’Orféon de Garafatch, pour un style jazz-latino et dans un autre groupe innommé du cotè de Bouzigues qui interprète du Jo Dassin entre autres…. 

 

François Bouët fait partie des véritables trésors vivants de Montpellier. Il nous livre un regard esthétique sur une ville trop souvent masquée par des coups de flash géant qui nous éblouissent en nous empêchant d’en distinguer les véritables détails, ce qui compte vraiment pour nous. Lui, il prend le temps de s’asseoir et de regarder. Mieux encore, il fixe sur le papier ce qu’il a ressenti et nous le fait partager. Merci François…"

Thierry ARCAIX - 2010